Dans la mémoire vive de la patrie, le temps s’est figé une nuit d’encre. Le 19 septembre 2002 ne fut pas une simple date, mais une déchirure au péricarde de la Côte d’Ivoire, le cri assourdissant d’un peuple jeté dans la tempête par la violence des armes. De cette rébellion sanglante, un visage s’est élevé, Guillaume Kigbafori Soro, incrustant dans le marbre du souvenir l’empreinte d’un traumatisme collectif.
Aujourd’hui, l’heure devrait être à l’humilité. Face aux tombes et aux tibias sans sépulture, qui murmurent encore sous la brise de la terre nôtre, la repentance exige le silence, le genou à terre et l’abandon des fards. Pourtant, les mots qui s’élèvent ont la fraîcheur trompeuse d’un mirage. Un pardon susurré d’un air hautain, où l’aveu s’efface sous l’orgueil, et où la contrition cherche vainement à se draper dans les grands récits de l’Histoire.
Comment panser des plaies encore béantes quand la main qui offre l’apaisement tente, dans le même souffle, de légitimer la lame ? C’est un pardon frelaté, une coupe offerte où le regret se mêle au poison de la justification. Demander grâce tout en murmurant avoir eu raison d’ensevelir la paix équivaut à piétiner l’autel de la réconciliation.
La paix ne se bâtit pas sur les ruines de l’arrogance. Les âmes blessées ne sauraient s’imprégner d’une pénitence calculée. Car face aux fantômes du passé et au désir sincère de renaissance, aucun cœur ne saurait accueillir un pardon sans humilié.
Germain Sehoué
































