La déclaration du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) relative à la crise du cacao ne se limite pas à une lecture conjoncturelle des dysfonctionnements actuels. Elle s’inscrit dans une perspective historique assumée, opposant implicitement deux périodes de gouvernance : celle d’avant le RHDP, notamment sous le Président Laurent Gbagbo, et celle en cours. Cette mise en contraste constitue un ressort central de l’argumentation développée par le PPA-CI, dont la réaction est présentée par Dr Justin Katinan Koné, Président du Conseil Stratégie et Politique du parti, en charge du programme de gouvernement et de la promotion du panafricanisme.

Dans le texte, la référence au passé n’est ni nostalgique au sens émotionnel, ni purement commémorative. Elle est fonctionnelle et politique. Le PPA-CI rappelle que, malgré les crises sécuritaires et institutionnelles des années 2000, les planteurs ivoiriens ne se sont jamais retrouvés avec des stocks massifs de cacao bloqués, sans solution d’écoulement. Cette comparaison vise à suggérer que la stabilité actuelle du pays ne s’est pas traduite par une meilleure gouvernance de la filière, bien au contraire.
La valorisation de la période antérieure passe aussi par le rappel du rôle stratégique de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale du cacao. Le texte souligne que l’installation du siège de l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO) à Abidjan est le fruit d’une diplomatie économique menée dès 2002 sous la présidence de Laurent Gbagbo. Cet élément n’est pas anodin. Il sert à démontrer qu’il existait alors une vision globale de la chaîne de valeur du cacao, intégrant à la fois la production, la régulation et le positionnement international du pays.
Face à cette mémoire politique, la gouvernance actuelle du RHDP est présentée comme une rupture négative. La fixation du prix bord champ à 2 800 FCFA/kg, qualifiée de décision propagandiste, est interprétée comme le symbole d’une gestion fondée sur la communication plutôt que sur l’anticipation économique. En filigrane, le PPA-CI oppose une gouvernance de responsabilité, attribuée au passé, à une gouvernance de l’affichage, imputée au présent.
Toutefois, le texte évite une idéalisation excessive. Il ne nie pas les contraintes structurelles du marché mondial ni les évolutions du secteur. La référence au passé est plutôt mobilisée comme un repère de comparaison, destiné à interroger les choix actuels. Cette construction d’une « nostalgie politique maîtrisée » permet au PPA-CI de s’adresser à une mémoire collective encore vive chez les planteurs et les acteurs ruraux, sans tomber dans la simple glorification.
En définitive, le regard historique donne à la déclaration du PPA-CI une profondeur particulière. La crise du cacao est présentée non seulement comme un échec technique, mais comme une rupture dans la continuité de l’État, où des mécanismes autrefois protecteurs ont été affaiblis. En mobilisant la mémoire politique, le PPA-CI cherche à rappeler que les choix de gouvernance ont des conséquences durables, et que le passé, loin d’être figé, demeure un outil de compréhension et de projection pour l’avenir de la filière cacaoyère ivoirienne.
Eugénie Dallo





























