Depuis plusieurs jours, l’espace numérique ivoirien est secoué par une succession de faux communiqués attribués aux plus hautes institutions judiciaires et politiques. Au cœur de cette agitation informationnelle figure l’affaire mêlant supposément Nina Keita et le financier américain Jeffrey Epstein, un dossier déjà sensible à l’échelle internationale.
Tout commence le 17 février 2026, lorsqu’un document présenté comme émanant du Procureur de la République de Côte d’Ivoire circule massivement sur les réseaux sociaux. Le texte affirme interdire tout commentaire public sur l’affaire, sous peine de poursuites judiciaires. Rapidement, la peur s’installe : internautes, blogueurs et certains médias suppriment leurs publications, craignant des sanctions.

Mais quelques heures plus tard, un communiqué attribué au ministère de la Justice vient contredire le premier, affirmant que seuls les canaux officiels publient les communications judiciaires. Puis, nouveau rebondissement : ce second communiqué est lui-même présenté comme faux. Enfin, un troisième texte, cette fois attribué au gouvernement, tente d’encadrer médiatiquement le traitement du dossier. Là encore, l’authenticité est contestée.
Cette succession de documents contradictoires pose une question centrale : comment des faux aussi crédibles peuvent-ils circuler au nom d’institutions aussi sensibles sans que leurs auteurs soient rapidement identifiés ?
En théorie, la lutte contre la cybercriminalité relève notamment de la PLCC, structure spécialisée dans la traque des infractions numériques. Pourtant, dans ce type d’affaire, la perception publique est souvent celle d’une lenteur ou d’un manque de communication sur les enquêtes en cours. Or, dans une société où l’information circule à la vitesse du smartphone, le silence institutionnel peut être interprété comme un aveu d’impuissance, voire nourrir la suspicion.
Cette problématique n’est pas nouvelle. Il y a quelques mois déjà, un faux communiqué attribué au parquet interdisait l’usage du prénom “Dramane” associé au président Alassane Ouattara. Là encore, la confusion avait précédé les démentis officiels, révélant la fragilité de la communication institutionnelle face aux manipulations numériques.
Au-delà du cas précis, cette situation met en lumière un défi majeur pour l’État ivoirien : préserver la crédibilité institutionnelle dans un environnement numérique saturé de contenus non vérifiés. La question n’est plus seulement judiciaire, elle devient politique et sociétale.
Dans une capitale hyperconnectée comme Abidjan, la bataille de l’information se joue désormais en temps réel. Chaque minute de retard dans la réaction officielle laisse le champ libre aux rumeurs.
Cependant, l’explication peut aussi être juridique. Identifier les auteurs de fausses informations numériques nécessite souvent des procédures longues, impliquant plateformes étrangères, traçage technique et coopération internationale. Mais cette complexité technique suffit-elle à justifier l’absence de communication rapide sur les investigations ?
Finalement, la multiplication de ces faux communiqués révèle un paradoxe : plus l’État veut protéger la stabilité informationnelle, plus le vide communicationnel peut alimenter la défiance. Dans un contexte politique et social sensible, la rapidité de clarification devient presque aussi stratégique que l’enquête elle-même.
Germain Sehoué




































