Présenté comme ambitieux et porteur de croissance, le budget de l’État ivoirien pour 2026,17 350,2 milliards de francs CFA, suscite pourtant de sérieuses interrogations. Derrière l’abondance des chiffres et des programmes, se dessinent des fragilités structurelles, des déséquilibres sociaux persistants et une efficacité de la dépense publique encore difficile à démontrer.
Le budget 2026 de la Côte d’Ivoire, tel qu’examiné et adopté, 17 350,2 milliards de francs CFA, affiche une architecture impressionnante par ses montants et par la diversité des programmes financés. Toutefois, derrière l’ampleur des chiffres, se posent des questions essentielles de priorisation, de cohérence sociale et d’impact réel sur la vie des Ivoiriens.

Sur le plan macroéconomique, le budget confirme une logique de continuité plutôt que de rupture. Les investissements dans les infrastructures et équipements collectifs demeurent massifs, avec plusieurs centaines de milliards alloués aux transports, à l’énergie et aux grands travaux. Cette orientation prolonge la vision d’un État bâtisseur. Cependant, le problème n’est plus tant de construire que de rendre ces infrastructures inclusives, accessibles et économiquement rentables pour les populations. Routes, ponts et échangeurs ne suffisent pas à eux seuls à réduire la pauvreté ou le chômage des jeunes.
Le secteur de la santé et des actions sociales, malgré des dotations élevées, continue de souffrir d’un paradoxe criant : budgets en hausse, mais hôpitaux sous-équipés, personnels insuffisants et accès inégal aux soins. L’effort budgétaire semble davantage orienté vers le fonctionnement que vers une réforme structurelle du système de santé, pourtant réclamée par les citoyens.
En éducation et formation, les montants sont significatifs, mais la ventilation interroge. L’enseignement supérieur et la recherche captent une part importante des ressources, alors que l’enseignement primaire et secondaire — socle de l’égalité des chances — demeure confronté à des classes surchargées et à un déficit d’enseignants. Ce déséquilibre nourrit une reproduction des inégalités sociales.
Sur le plan sécuritaire et judiciaire, les dotations conséquentes traduisent la volonté de stabilité de l’État. Néanmoins, sans une justice perçue comme indépendante et équitable, l’investissement sécuritaire risque d’être interprété comme un instrument de contrôle plus que de confiance démocratique.
Enfin, le budget 2026 reste silencieux sur une question centrale : l’efficacité de la dépense publique. Peu d’éléments permettent d’évaluer l’impact réel des budgets précédents, ni les mécanismes de reddition des comptes. Or, dans un contexte préélectoral, ce budget apparaît autant comme un outil économique que comme un instrument politique.
En somme, le budget 2026 est ambitieux dans les chiffres, mais encore fragile dans sa capacité à transformer structurellement les conditions de vie des Ivoiriens. La vraie question n’est pas combien l’État dépense, mais pour qui, n et avec quels résultats mesurables.
Germain Sehoué
































