La crise actuelle de la filière cacao en Côte d’Ivoire ne peut être comprise uniquement à l’échelle nationale. Elle s’inscrit dans une dynamique sous-régionale ouest-africaine, où les frontières économiques sont à la fois poreuses, stratégiques et politiquement sensibles. C’est précisément sous cet angle géopolitique que la réaction du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), présentée par Dr Justin Katinan Koné, Président du Conseil Stratégie et Politique du parti, en charge du programme de gouvernement et de la promotion du panafricanisme, prend tout son sens.

L’un des faits les plus troublants soulevés dans la déclaration du PPA-CI est l’entrée massive de cacao en provenance des pays limitrophes sur le marché ivoirien. Des producteurs étrangers, confrontés à des conditions de vente moins favorables dans leurs pays respectifs, chercheraient à écouler leur production en Côte d’Ivoire, attirés par un prix bord champ artificiellement élevé. Cette situation révèle une réalité bien connue en Afrique de l’Ouest : les économies agricoles sont interconnectées, mais sans mécanismes régionaux efficaces de régulation.
Ce phénomène met en lumière une défaillance manifeste du contrôle douanier. Comment expliquer que du cacao étranger franchisse les frontières ivoiriennes pour se retrouver chez des exportateurs, alors même que la délivrance des connaissements est présentée comme un verrou administratif strict pour les producteurs nationaux ? Cette contradiction interroge la cohérence de l’action publique et alimente les soupçons de laxisme, voire de complicités, dans un secteur pourtant hautement stratégique.
Au-delà du cas ivoirien, cette situation pose la question du dumping régional. Lorsqu’un pays fixe un prix interne déconnecté des réalités du marché international, sans coordination avec ses voisins, il crée un appel d’air qui déséquilibre l’ensemble de la sous-région. Les producteurs ivoiriens se retrouvent alors pénalisés sur leur propre territoire par une concurrence indirecte, rendue possible par l’absence de politiques agricoles harmonisées au niveau de la CEDEAO.
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, porte pourtant une responsabilité particulière dans l’espace ouest-africain. Elle abrite le siège de l’Organisation Internationale du Cacao (ICCO), symbole d’un leadership diplomatique et économique acquis de longue date. Dans ce contexte, la crise actuelle apparaît comme un échec de l’anticipation géopolitique. Un État disposant de telles positions stratégiques aurait dû prévoir les effets transfrontaliers d’une décision aussi sensible que la fixation du prix du cacao.
Pour le PPA-CI, cette crise révèle une contradiction majeure : on ne peut revendiquer le panafricanisme dans le discours tout en laissant prospérer un désordre régional qui fragilise les producteurs locaux. Le panafricanisme économique, défendu par Dr Justin Katinan Koné, suppose au contraire une coordination régionale des politiques agricoles, un contrôle rigoureux des flux et une solidarité réelle entre États producteurs.
Ainsi, la crise du cacao dépasse le cadre d’un simple dysfonctionnement sectoriel. Elle devient un révélateur des failles de l’intégration économique ouest-africaine et de l’incapacité actuelle des États à protéger efficacement leurs producteurs dans un marché régional non régulé. À ce titre, la lecture géopolitique proposée par le PPA-CI invite à repenser la souveraineté économique non pas contre la sous-région, mais avec elle, sur des bases équitables et concertées.
Eugénie Dallo






















