« C’est celui qui n’a pas gagné les élections qui a semé les troubles », a déclaré un homme politique à la CPI. La formule résonne aujourd’hui dans le contexte de la crise qui secoue l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI). Ici, pourtant, il ne s’agit pas encore d’un scrutin perdu, mais d’un processus électoral empêché, suspendu, fragilisé.
Deux candidats sont en lice pour la présidence de l’UNJCI : Marie Laure N’Goran et Franck Ettien. Le camp de Marie Laure N’Goran estime que la candidature de Franck Ettien ne respecterait pas les textes de l’Union et que la liste électorale comporterait des irrégularités. Toutefois, aucune preuve formelle n’a publiquement été produite pour étayer ces accusations.

Face à la controverse, une rencontre avec le ministre de la Communication a été organisée. Une commission paritaire a été mise en place. Celle-ci a procédé au toilettage et à la validation de la liste électorale. Les deux candidatures avaient d’ailleurs déjà été validées par les instances compétentes.

Malgré cela, alors que la campagne suivait son cours, la justice a été saisie. Résultat : suspension du 12e congrès ordinaire de l’UNJCI prévu les 20 et 21 février 2026. Une décision qui a figé le processus et installé un climat de tension au sein de la faîtière.

Le Conseil des sages, composé des anciens présidents de l’Union, est alors intervenu. Après médiation entre les deux camps et le collectif ayant saisi la justice, il a recommandé que les deux listes soient maintenues afin que les journalistes tranchent dans les urnes.
Dans le même temps, les instances risquaient d’être forcloses le 26 février 2026 à minuit. Pour éviter un vide institutionnel, le conseil d’administration a convoqué un congrès extraordinaire en vue de proroger les mandats.
Mais cette rencontre a tourné à l’épreuve de force. Les partisans de Marie Laure N’Goran ont estimé que le mandat du président Jean Claude Coulibaly étant arrivé à terme, aucune prorogation ne devait être envisagée. Selon leurs adversaires, cette posture revenait à accepter la paralysie de l’Union.
Malgré des tensions verbales, la prorogation a été adoptée par acclamation, sous la présence des forces de l’ordre. Aucune violence majeure n’a été officiellement constatée.

Pourtant, le lendemain, une image choquante a circulé sur les réseaux sociaux et à la une d’un journal réputé proche du pouvoir. Elle montrait une scène présentée comme une bagarre lors du congrès, avec le pied du confrère Joël Dally en direction du visage d’un autre journaliste. Plusieurs congressistes affirment qu’il s’agirait d’une image générée par intelligence artificielle, destinée à accréditer l’idée d’un congrès chaotique.
Si tel est le cas, l’épisode poserait une question grave : celle de la manipulation de l’opinion à travers des contenus numériques altérés.
Au-delà de l’incident, une lecture politique s’impose. Certains estiment que le pouvoir chercherait à favoriser la candidature de Marie Laure N’Goran. Ses soutiens invoquent sa compétence, son parcours médiatique remarquable, ses distinctions, dont le Super Ebony, et le fait qu’aucune femme n’a encore dirigé l’UNJCI.
D’autres journalistes, notamment de la jeune génération, rejettent l’idée d’un consensus imposé. Pour eux, l’argument du genre ne saurait remplacer le principe fondamental : une élection libre et compétitive.
Une femme compétente peut gagner dans les urnes. Pourquoi alors ne pas aller au vote ?
D’où cette interrogation ironique qui circule désormais : et si, pour éviter cette crise, Marie Laure N’Goran était nommée vice-ministre de la Communication ? Après tout, la création de postes gouvernementaux relève du pouvoir exécutif. Une telle option désamorcerait-elle les tensions ?

La question, volontairement provocatrice, révèle surtout un malaise profond : celui d’une corporation divisée entre logique électorale et soupçon d’ingérence politique. L’avenir de l’UNJCI dépendra désormais de sa capacité à restaurer la confiance et à garantir un scrutin incontestable.
Germain Sehoué






































