Si l’on devait réaliser un film sur la trajectoire politique actuelle de la Côte d’Ivoire et le quatrième mandat d’Alassane Ouattara, son titre s’imposerait de lui-même : « Je m’en fous, il n’y a rien en face », assorti de la célèbre formule : « Les chiens aboient, la caravane passe ». Ce regard sans concession traduit une réalité frappante : celle d’un pouvoir exécutif qui s’exerce désormais dans la certitude de sa propre invulnérabilité et le sentiment d’un espace politique totalement sous contrôle.
Une hégémonie assumée face à une opposition sous pression
Les méthodes déployées pour conquérir le pouvoir puis s’y maintenir durablement ont fini par façonner une gouvernance caractérisée par une forme d’impassibilité politique. Fort d’alliances internationales solides et de soutiens géopolitiques historiques — la France en tête —, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) semble évoluer dans un confort institutionnel et stratégique absolu.
Dans ce paysage politique profondément asymétrique, les voix dissidentes peinent à trouver un écho décisif. La pression judiciaire et politique s’exerce tout particulièrement sur les figures résilientes de l’opposition, notamment au sein du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) fondé par Laurent Gbagbo.
Après l’audition de Sébastien Dano Djédjé, président du CSP du PPA-CI, Emmanuel Ackah, Billaud Daniel, Koua Justin et Lago Fabrice du PPA-CI font à leur tour l’objet d’une procédure judiciaire, convoqués vendredi 16 octobre 2026 à 12 heures au Cabinet du Doyen des Juges d’Instruction, Section Antiterroriste (Cocody Angré 7e tranche).
Vers une démocratie sans contradicteurs ?
Au stade actuel de l’évolution politique ivoirienne, la question ne semble plus être d’aménager un espace de débat pluraliste, mais plutôt d’asseoir une hégémonie sans partage. Une interdiction formelle ou de facto des formations majeures de l’opposition ne paraît plus représenter un obstacle moral ou stratégique pour le parti au pouvoir. L’exigence d’un consensus de façade, où la critique est minimisée et où seuls les applaudissements ou le silence complice trouvent leur place, tend à devenir la norme.
Cette situation crée une dynamique intraduisible au sein de la majorité : de nombreux cadres et profiteurs du régime s’accommodent parfaitement de cet affaiblissement des contre-pouvoirs, profitant pleinement des retombées du pouvoir sans craindre d’alternative immédiate.
L’image d’un pouvoir inébranlable
« Je m’en fous, ils peuvent faire quoi ? Qui les écoutera ? » : cette formule résume l’attitude perçue d’un régime qui estime avoir neutralisé ses rivaux politiques et l’opinion internationale. En marginalisant le PPA-CI et en restreignant le champ d’action des forces vives, le RHDP projette l’image d’un pouvoir qui avance sans regarder en arrière. Reste à savoir si cette assurance affichée constitue une garantie de stabilité durable ou l’illusion d’un calme fragile au sein du paysage sociopolitique ivoirien.
Germain Sehoué































