Le 24 octobre 2026, à l’occasion des manifestations lycéennes en France, Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire de La France Insoumise (LFI), a prononcé une formule remarquée : « Il y a ceux qui tiennent les armes et il y a ceux qui arment leurs pensées. » Marquée par le déplacement d’une délégation insoumise venue apporter son soutien à Trappes à la famille de Bossio Pengo, assassiné la veille, cette prise de parole s’est accompagnées de dénonciations directes : « Le racisme tue, l’extrême droite tue. » Cette intervention synthétise la stratégie discursive de la gauche radicale face aux drames politiques et aux mobilisations de la jeunesse.
1. Dimension sémantique et rhétorique
Le discours repose sur une structuration binaire et l’usage de figures de style percutantes :
Antithèse et polyptote : La formule «ceux qui tiennent les armes / ceux qui arment leurs pensées » joue sur le radical arm-. Elle opère un glissement métaphorique du domaine matériel (la violence physique, la coercition) vers le domaine intellectuel (la lutte des idées).
Anaphores et assertions directes : En affirmant « le racisme tue, l’extrême droite tue », la députée emploie un parallélisme de construction visant la clarté et l’immédiateté. La forme impersonnelle et catégorique attribue une responsabilité directe et systémique à une idéologie.
Sémantiquement, le mot « arme » est réinvesti : il ne désigne plus seulement l’instrument de mort ayant coûté la vie à Bossio Pengo, mais devient le symbole d’une émancipation critique.
2. Dimension politique et stratégique
Politiquement, la déclaration remplit une double fonction d’ancrage idéologique et d’orientation des luttes :
Légitimation du militantisme de la jeunesse : En incitant les lycéens à « armer leurs pensées », Mathilde Panot rehausse la portée de la protestation sociale. Elle élève le rassemblement lycéen au rang de résistance intellectuelle face aux violences politiques.
Désignation de l’adversaire et politisation du drame : En reliant l’assassinat de Trappes à l’extrême droite, LFI s’inscrit dans un combat frontal contre la montée du nationalisme et du racisme. La présence sur le terrain auprès de la famille endeuillée réaffirme la doctrine de l’union entre contestation populaire, luttes antiracistes et relais parlementaire.
3. Dimension sociologique
D’un point de vue sociologique, l’événement illustre les mécanismes de la socialisation politique de la jeunesse et de la militarisation symbolique des mouvements sociaux :
Transmission d’un répertoire d’action : La harangue de Mathilde Panot s’adresse à une jeunesse scolarisée en quête de repères face aux tensions sociales. Le cadre scolaire et le rassemblement deviennent le lieu d’apprentissage d’une conscience politique.
Fracture sociale et violence raciste : Le drame de Trappes et la réaction politique qu’il suscite mettent en lumière le sentiment d’insécurité idéologique et sociologique éprouvé par certains quartiers populaires et minorités face au racisme systémique.
4. Dimension philosophique
Philosophiquement, la prise de parole résonne avec plusieurs concepts majeurs de la théorie politique :
Gramsci et l’hégémonie culturelle : « Armer la pensée » constitue une illustration directe de la pensée d’Antonio Gramsci. Pour contrer la violence matérielle et institutionnelle, la transformation intellectuelle et la bataille idéologique restent les préalables indispensables.
Le combat de la dialectique contre la force brute : En opposant le logos (la pensée, le verbe) à la violence des armes, la déclaration prolonge le débat classique sur la légitimité du pouvoir. Face à la barbarie et aux crimes racistes, la pensée organisée demeure la seule réplique fondée en justice et en vérité.
En reliant le soutien à une victime du racisme à la mobilisation intellectuelle de la jeunesse, Mathilde Panot réaffirme ainsi le primat de la conscience critique comme rempart politique et sociétal.
Suzanne Assalé

























