Si la tête humaine regorge de spécialistes, c’est que chaque centimètre carré semble mériter un traitement de roi. Mais pour le patient moyen, surtout celui qui vit dans un pays aux ressources limitées, cette fragmentation de la médecine vire au cauchemar. Un mal de tête ? Est-ce les sinus ? Les yeux ? Les dents ? Le cerveau ? Le stress ? Le foie même, parfois ! Le patient devient explorateur malgré lui. Il va d’un service à un autre
Chaque médecin l’envoie à un collègue ou prescrit une batterie d’examens.
Et c’est là que le bât blesse : les examens coûtent cher. Très cher. Parfois plus que le salaire journalier ou même mensuel du patient. Or, sans les résultats, pas de traitement, pas même un petit comprimé pour soulager. Certains médecins, par peur de l’erreur ou par respect des protocoles, refusent tout geste médical sans preuve. Résultat : des familles doivent choisir entre manger et payer un scanner ou une prise de sang.
Et le temps passe… et la maladie aussi, souvent vers le pire. Le patient s’épuise. Moralement. Physiquement, financièrement. Il peut mourir faute de 2000 FCFA ou parce qu’il n’a pas vu le bon spécialiste au bon moment. Pendant ce temps, le mal progresse. Un simple problème ORL peut finir en complication neurologique, parce que personne n’a osé prendre le risque de traiter sans confirmation.
Ce système, qui semblait sophistiqué et organisé, se retourne contre les plus fragiles. Une médecine trop morcelée, sans coordination, peut donc devenir un luxe mortel. Si les spécialités étaient plus regroupées, mieux coordonnées, et si les premières lignes de soin avaient une vision globale, le tri initial serait plus efficace. On gagnerait en temps, en argent, et surtout en vies humaines.
On peut le dire, la multiplicité des spécialités médicales, bien qu’elle témoigne d’un progrès technique, devient un labyrinthe pour les populations pauvres.
Entre confusion diagnostique, parcours interminable et examens inaccessibles, le patient perd en santé ce qu’il n’a jamais eu en richesse.
Il est urgent de repenser une médecine plus « intégrée, accessible et humaine ». Un système où l’efficacité ne dépendrait pas du portefeuille, mais d’une meilleure coordination des soins. Car dans bien des cas, la survie tient à une bonne orientation…
Suzanne Assalé





































