À l’occasion du lancement de l’Initiative pour la Libération des Prisonniers d’Opinion (ILPO), le samedi 29 novembre 2025, Laurent Gbagbo a prononcé une phrase qui a immédiatement ravivé le débat politique : « Il faut continuer de lutter contre le 4e mandat », avant d’ajouter qu’« on ne peut pas accepter ça ». Malgré la proclamation officielle d’Alassane Ouattara comme vainqueur de la présidentielle du 25 octobre 2025, cette déclaration ouvre plusieurs pistes d’analyse qui dépassent la polémique pour toucher aux questions institutionnelles, éthiques et stratégiques.

D’abord, sur le plan politique, Gbagbo cherche à maintenir vivante la dynamique de contestation au sein de l’opposition. Dans un contexte où l’appareil d’État veut tourner la page et installer l’idée d’une continuité institutionnelle ordinaire, son intervention rappelle que, pour le PPA-CI, le débat n’est pas clos. En remettant au centre la question du mandat controversé, Gbagbo ancre son parti dans une logique de résistance politique, mais aussi de mobilisation militante. C’est une manière de dire à ses partisans : la lutte ne s’arrête pas parce qu’un résultat a été proclamé.

Ensuite, sur le plan institutionnel, cette déclaration renvoie au vieux débat autour de l’interprétation de la Constitution de 2016. Le chef du PPA-CI suggère que la proclamation d’un résultat électoral n’efface pas les interrogations de fond sur la conformité d’un mandat. Pour lui, accepter « sans discuter » un quatrième mandat crée un précédent inconfortable qui pourrait fragiliser à long terme la culture républicaine. Sa prise de parole s’inscrit ainsi dans un plaidoyer pour la limitation stricte du pouvoir et la préservation des équilibres démocratiques.
Sur le plan éthique, Gbagbo met en garde contre ce qu’il considère comme une dérive potentielle. En proclamant qu’« on ne peut pas accepter ça », il désigne le risque d’instaurer une norme où la flexibilité constitutionnelle devient un outil au service de la longévité politique. Il pose la question du respect des règles comme socle du vivre-ensemble démocratique.
Enfin, sur le plan socio-politique, sa déclaration parle à une partie de la société ivoirienne encore marquée par les tensions électorales, les crises de confiance et la peur d’une stabilité trop dépendante d’un seul acteur politique. En situant son propos dans une cérémonie consacrée aux « prisonniers d’opinion », Gbagbo relie la question du 4e mandat à celle des libertés publiques, construisant un narratif où son parti se présente comme défenseur des droits et contrepoids face au pouvoir.
Au total, cette sortie n’est pas seulement une formule politique. C’est une stratégie, un avertissement et un rappel des enjeux institutionnels qui traversent la Côte d’Ivoire contemporaine. Elle inscrit durablement le débat sur les limites du pouvoir dans l’agenda national.
Germain Séhoué



































