Le médecin et le mensonge à visée thérapeutique
Le « mensonge thérapeutique » désigne une information volontairement inexacte transmise par un médecin, dans l’intention de rassurer le patient. C’est le mensonge médical. Cette pratique soulève une question complexe : faut-il toujours dire la vérité au malade, même si elle est anxiogène, ou l’adapter pour ne pas nuire à son moral ?
Certains médecins, face à des patients anxieux, choisissent de minimiser les symptômes ou de nier l’existence d’une pathologie. Ils espérent ainsi soulager la charge mentale du malade. Cette posture, inspirée de la psychologie positive, peut dans certains cas produire un effet placebo bénéfique. Mais elle comporte aussi de graves risques.
En effet, en niant la réalité, le patient peut relâcher sa vigilance, arrêter un traitement ou négliger des examens essentiels. Si la maladie progresse ou devient irréversible, le médecin pourrait être tenu partiellement responsable. Sur le plan juridique, cette responsabilité peut être engagée si l’on prouve que le mensonge a causé une perte de chance de guérison. C’est ici que le paradoxe apparaît : vouloir bien faire peut finir par nuire.
Ainsi, plutôt que de mentir, il serait plus éthique et prudent de dire la vérité, mais avec tact. Le médecin peut expliquer les faits, proposer un accompagnement psychologique et des pistes concrètes d’amélioration. Le rôle du médecin ne se limite pas à soigner le corps : il doit aussi accompagner l’esprit, sans trahir la confiance du malade.
La transparence, adaptée au niveau de compréhension du patient, reste la meilleure voie. Mentir pour rassurer est une tentation humaine, mais en médecine, elle peut coûter cher.
Suzanne Assalé





































