Le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) a tranché. À l’issue d’une réunion décisive de ses députés et cadres, le parti présidentiel a officiellement désigné Patrick Achi comme son candidat à la présidence de l’Assemblée nationale. Un choix validé par les instances dirigeantes et adoubé par le président Alassane Ouattara, qui marque un tournant institutionnel et politique majeur à l’ouverture de la nouvelle législature.
Ancien Premier ministre, ministre d’État et conseiller spécial à la présidence, Patrick Achi est aussi député élu à Adzopé. Technocrate aguerri, homme de dossiers et fin connaisseur de l’appareil d’État, il incarne une figure de confiance au sein du cercle présidentiel. Sa désignation le place désormais en position de succéder à Adama Bictogo, président sortant de l’Assemblée nationale depuis 2022, qui ne briguera pas un nouveau mandat.
Une analyse centrale : un choix institutionnel plus que politique
Le choix de Patrick Achi n’est pas celui d’un tribun, ni d’un homme de rupture. Il s’inscrit dans une logique de stabilité institutionnelle, de maîtrise des équilibres et de continuité de l’action publique. Après des échéances électorales sensibles, le RHDP semble avoir privilégié un profil rassurant, peu clivant, capable de faire fonctionner l’institution parlementaire sans bruit excessif.
En creux, ce choix acte la mise à l’écart d’Adama Bictogo du perchoir. Figure centrale du parti, pilier de l’appareil RHDP et acteur influent de la majorité, Bictogo paie sans doute le prix d’un réajustement interne. Son départ de la tête de l’Assemblée nationale ne signe pas une disgrâce totale, mais traduit un changement de cap dans la gestion des postes stratégiques.
Diversion et réalités : le cas « Photocopie »
Pendant plusieurs semaines, les spéculations ont porté sur Téné Birahima Ouattara, dit « Photocopie », ministre de la Défense et frère cadet du chef de l’État. Son nom a circulé avec insistance, alimentant rumeurs et calculs. Mais à l’arrivée, il n’en fut rien. Cette hypothèse relevait davantage de la diversion politique que d’un projet réel.
En réalité, « Photocopie » a concentré son action sur les législatives de 2025, notamment à Abobo où son élection comme député a renforcé son ancrage politique. Le RHDP a visiblement choisi de ne pas cumuler pouvoir sécuritaire et pouvoir parlementaire au sein d’une même figure.
Les raisons stratégiques du choix Achi
Sur le plan des rapports de force internes, Patrick Achi apparaît comme un homme de consensus, acceptable par les différentes sensibilités du parti. Il ne menace aucun leadership émergent et ne crée pas de fracture générationnelle.
Sur le plan régional, son profil permet un rééquilibrage subtil, sans exacerber les rivalités locales. Sur le plan générationnel, il incarne une transition douce entre les figures historiques du régime et les cadres plus jeunes appelés à monter.
Enfin, ce choix confirme une constante du RHDP : placer les postes institutionnels clés sous le contrôle de profils techniques et loyaux, pendant que la bataille politique se joue ailleurs. Avec Patrick Achi, le RHDP ne cherche pas l’éclat. Il cherche la maîtrise.
Gahé Koul
































