Lors d’une conférence consacrée à la doctrine « Mériquité » de Génération des peuples Solidaires (GPS), le Pr Franklin Nyamsi Wa Kamerun s’est livré à un exercice de justification qui pose de lourdes questions éthiques et politiques. Répondant aux accusations qui pèsent sur son leader, Guillaume Soro Kigbafori — accusé d’entretenir une culture de violence —, il a rapporté les reproches colportés selon lui par la rumeur : « Moi, en tant que votre compagnon, président Guillaume Soro, j’ai souvent été confronté en Afrique centrale […] à des accusations infamantes, délirantes que les gens colportent […] : ah, vous êtes le compagnon de Guillaume Soro, ah, il a tué de millions de gens en Côte d’Ivoire, vous avez bu du sang avec lui… »
Pour répondre à un ami du PDCI véhiculant ce discours, le Pr Nyamsi n’a rien trouvé de mieux que de relativiser le drame. Selon ses termes, les exactions commises par leur rébellion du MPCI ne représenteraient que « quelques centaines » de victimes. Un bilan dérisoire, prétend-il, face aux massacres historiques attribués à Félix Houphouët-Boigny dans le Sanwi (soixante mille morts) et dans le Guébié (deux mille morts). Sa conclusion est sans appel : il faudrait tourner la page ou juger l’ensemble des drames de l’histoire ivoirienne. Ce raisonnement frôle l’absurde : il revient, pour un accusé passant aux aveux, à refuser de comparaître sous prétexte que tous les coupables de la Terre n’ont pas encore été traduits en justice.
Mais d’où le Pr Franklin Nyamsi tire-t-il ce chiffre de « quelques centaines » de morts pour qualifier la barbarie du MPCI ? Quelles sont ses sources indépendantes ? Il s’agit du bilan dressé par les auteurs mêmes de ces crimes. Dès lors, qu’est-ce qui garantit qu’il n’a pas délibérément minimisé le véritable désastre humain laissé par la rébellion de Guillaume Soro ?
Cette rhétorique dévoile une profonde insouciance et une impassibilité du cœur terrifiante face au crime de sang. Sachant qu’une vie humaine est sacrée, estimer que le massacre de « quelques centaines » de personnes « n’est pas si grave » relève d’une cruauté cynique. C’est le signe d’un niveau où ôter la vie à autrui ne suscite plus le moindre effroi. N’est-ce pas là le vrai visage de la « Mériquité » ? Si des responsables politiques, avant même d’accéder au pouvoir, manifestent une telle indifférence face aux tueries de masse, qu’en sera-t-il le jour où ils seront aux commandes d’un État ?
Finalement, ceux qui accusent GPS d’entretenir une culture de la violence ont-ils vraiment tort ? Une âme exempte de toute culture de la violence peut-elle seulement trouver l’énergie politique et morale de banaliser un massacre sous prétexte qu’il ne compterait « que » quelques centaines de victimes ?
Germain Séhoué
































