GÉOPOLITIQUE : LE TOURNAN
Ce 15 juin 2026 marque un tournant historique et d’une intensité rare au Moyen-Orient. Hier à peine, le 14 juin, un accord de principe surprise (un mémorandum d’entente) a été annoncé entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre ouverte qui a débuté le 28 février dernier sous le nom d’opération Epic Fury.
L’état des lieux au 15 juin 2026
Après plus de trois mois d’un conflit dévastateur, les armes s’apprêtent à se taire. Un accord officiel doit être signé ce vendredi 19 juin en Suisse, ouvrant la voie à une trêve globale sur tous les fronts et à une période de négociations de 60 days à Genève.
Sur le plan humanitaire, économique et militaire, le bilan est lourd. Les frappes américano-israéliennes initiales ont décapité le sommet de l’État iranien en éliminant le Guide suprême Ali Khamenei. L’Iran a riposté en embrasant la région, frappant les bases américaines et les pays du Golfe (Arabie Saoudite, EAU, Koweït), et en imposant un blocus asphyxiant sur le détroit d’Hormuz, plongeant l’économie mondiale dans une crise énergétique majeure.
Donald Trump a-t-il atteint ses objectifs ?
Non, pas ses objectifs initiaux. Si le président américain revendique aujourd’hui une victoire politique en annonçant la réouverture du détroit d’Hormuz (« Que le pétrole coule ! »), le compte n’y est pas par rapport aux ambitions de départ.
Ce qu’il a manqué : Trump et ses alliés visaient un changement de régime à Téhéran, l’effondrement économique total de l’Iran et son désarmement nucléaire définitif. L’Iran a plié mais n’a pas rompu.
Ce qu’il a concédé : Pour débloquer la crise énergétique à l’approche des élections américaines et de la Coupe du Monde, Trump a dû accepter la diplomatie. L’accord prévoit le dégel de 24 milliards de dollars d’avoirs iraniens et place les discussions nucléaires à Genève exactement au même point qu’avant la guerre, sans capitulation de Téhéran.
Israël a-t-il atteint les siens ?
C’est un revers stratégique majeur pour Benjamin Netanyahou. Israël a poussé à ce conflit dans l’espoir d’annihiler définitivement la menace existentielle iranienne et de détruire ses infrastructures nucléaires.
Un goût d’inachevé : Bien que les capacités militaires de l’Iran et du Hezbollah libanais aient été sévèrement subies (entre 80% et 90% d’attrition de l’appareil industriel de défense iranien selon Washington), le programme nucléaire est resté intact.
Lâché en plein vol : Cet accord conclu directement entre Washington et Téhéran laisse Israël dans une position inconfortable. Netanyahou voit l’influence régionale de l’Iran préservée et l’axe de la résistance plier mais survivre, ce qui suscite une vive colère au sein de la classe politique israélienne.
Quelles leçons retenir ?
L’illusion de la guerre éclair : Malgré une supériorité technologique absolue et l’élimination des plus hauts dirigeants iraniens dès le premier jour, la force brute n’a pas suffi à provoquer l’effondrement d’un régime résilient, habitué à la survie.
L’arme asymétrique du détroit d’Hormuz : L’Iran a prouvé que sa capacité de nuisance économique (bloquer l’approvisionnement mondial en pétrole) reste son meilleur bouclier. C’est ce levier qui a forcé Washington à s’asseoir à la table des négociations.
Le retour au statu quo diplomatique : Après des milliards de dollars dépensés et des milliers de victimes, les deux blocs se retrouvent au point de départ : négocier les limites du programme nucléaire iranien autour d’une table, démontrant, s’il le fallait, la futilité de ce conflit de trois mois.
Suzanne Assalé
































