L’arrestation de Jean François Kouassi, président des jeunes et ancien candidat à la présidentielle de 2025 puis aux législatives du 27 décembre 2025, marque une nouvelle étape dans la relation tendue entre le pouvoir ivoirien et une partie de sa jeunesse politique. En cause : une dénonciation publique, pancarte à l’appui, de ce que l’on peut qualifier d’« aberrations » du régime issu du quatrième mandat du président Alassane Ouattara.

Le jeune leader pointait notamment l’organisation à huis clos (concours direct) de certains concours administratifs, en particulier celui d’entrée à la Douane ivoirienne (2024). Selon lui, ces procédures opaques favoriseraient exclusivement des militants du RHDP, au détriment de l’égalité des chances pourtant garantie par les principes républicains. Une accusation grave, qui soulève une question centrale : jusqu’où peut aller la liberté de dénonciation dans l’espace public ivoirien ?
Son interpellation, loin d’être un fait isolé, s’inscrit dans une longue tradition politique nationale. L’histoire récente rappelle que plusieurs figures aujourd’hui majeures, à commencer par Laurent Gbagbo, ont connu la prison à répétition avant d’accéder au statut de références politiques. En Côte d’Ivoire, l’incarcération a souvent servi, paradoxalement, de rite de passage pour ceux qui aspirent à durer dans l’arène publique.

Ainsi, pour Jean François Kouassi, l’épreuve actuelle apparaît comme un test décisif. Soit elle brise l’élan et contraint au renoncement, soit elle renforce la détermination et forge une légitimité nouvelle auprès d’une jeunesse en quête de justice et de transparence. Le pouvoir, lui, semble envoyer un message clair : la politique se paie au prix fort.
Reste une interrogation majeure : dans une démocratie qui se veut apaisée, la répression de la contestation est-elle une réponse durable, ou un ferment silencieux de radicalisation politique future ?
Gahé Koul































