À mesure que l’échéance électorale approche, la Côte d’Ivoire s’enlise dans un inquiétant dialogue de sourds. L’opposition, regroupée au sein du Front commun, dénonce avec force un quatrième mandat pour le président Alassane Ouattara, qu’elle juge illégal et dangereux pour la stabilité nationale. En retour, le chef de l’État ignore ces contestations et multiplie les nominations de ses directeurs de campagne, affichant une assurance que ses partisans traduisent par un : « c’est géré, c’est bouclé ».
Cette attitude interroge. Comment prétendre à des élections apaisées lorsque les règles du jeu sont contestées par une large partie de la classe politique ? L’opposition réclame des conditions électorales équitables et la fin d’un déséquilibre institutionnel qui, selon elle, transforme la compétition en simple formalité pour le pouvoir en place. Or, loin d’ouvrir la voie au dialogue, le camp présidentiel choisit la surdité politique et avance à marche forcée.
Le souvenir des drames de 2010-2011 et 2020 devrait pourtant inciter à plus de prudence. À l’époque déjà, l’absence de consensus avait plongé le pays dans des crises post et pré-électorale aux conséquences tragiques. Reproduire les mêmes erreurs reviendrait à jouer avec le feu dans un contexte où les plaies sociales et politiques ne sont toujours pas refermées.
En réalité, la question n’est plus seulement celle du droit d’un homme à briguer un mandat supplémentaire, mais bien celle de l’avenir démocratique d’une nation. Une démocratie réduite à un monologue du pouvoir court toujours le risque de déboucher sur la confrontation. La Côte d’Ivoire mérite mieux qu’un climat où « la caravane passe » tandis que les inquiétudes citoyennes s’accumulent.
Germain Sehoué































