À chaque échéance présidentielle, les locaux de la Commission électorale indépendante (CEI) se transforment en véritable scène politique. Les délégations de candidats affluent, déposent leurs dossiers, multiplient les poignées de main et posent pour des photos souvenirs avec le personnel de l’institution. L’ambiance est conviviale, presque festive. De quoi donner à la CEI l’image d’une institution consensuelle, redorant un blason souvent écorné par les critiques de partialité.
Pour ses dirigeants, voir défiler des personnalités politiques qui, hier encore, dénonçaient ses pratiques, apparaît comme une victoire symbolique. Leur raisonnement est simple : si les opposants acceptent de venir déposer leurs dossiers, c’est que les contestations se sont apaisées. Une lecture rassurante, mais largement illusoire.
Car, en réalité, les candidats ne se pressent pas aux guichets de la CEI par adhésion ou par confiance retrouvée, mais par stratégie. La CEI reste le passage obligé, le guichet unique où toute ambition présidentielle doit être officialisée. Refuser de s’y présenter reviendrait à pratiquer la politique de la chaise vide, une erreur qui offrirait au régime un prétexte pour les écarter du jeu électoral.
Ainsi, le sourire de façade cache une méfiance persistante. L’opposition ne veut pas donner l’image d’un boycott, mais elle n’a pas oublié les accusations d’exclusion et les réformes controversées qui entourent l’institution. Le dépôt des candidatures ne peut donc qu’être une étape, une formalité imposée par les règles du jeu, non une caution.
La question des élections transparentes, inclusives et crédibles reste entière. La preuve, alors qu’ils déposent les dossiers de candidature de leur champion les 24 et 25 août, le 23 août 2025, le PPACI, le PDCI-RDA et le GPS ont engagé une campagne diplomatique auprès des acteurs internationaux dont la Chine, membre du Conseil de sécurité des Nations-Unies, dans une Motion où la CEI est qualifiée d’organe « assujetti au pouvoir en place ».
La CEI, malgré les apparences de légitimité, reste au centre des frustrations démocratiques. Ceux qui s’illusionnent sur une adhésion unanime devraient donc se détromper.
Germain Sehoué



































