La vie est dure. Les défis s’amoncellent. C’est grave ce que je vois et ce que j’entends. Mais ça ne fait rien. Je me prélasse un peu. Appelle dans une heure. Allongé dans mon lit, je goûte le plaisir rare de ne rien devoir à personne. Les draps glissent contre ma peau comme une caresse lente, et je m’enfonce un peu plus dans le matelas qui m’enveloppe de sa chaleur protectrice. J’entends au loin le souffle régulier de la pluie qui frappe la vitre, comme une chanson discrète réservée à mes oreilles.
Je m’étire, paresseusement, savourant la tension douce qui parcourt mes muscles. Mes yeux se ferment à moitié, non pour dormir, mais pour mieux sentir, mieux écouter. La lumière, filtrée par les rideaux, dessine des ombres mouvantes sur les murs, comme si le monde extérieur hésitait à m’appeler.
Dans cet instant suspendu, il n’y a ni devoirs, ni urgences, seulement ce cocon où je flotte entre veille et sommeil. Je me sens ailleurs, loin, comme si le temps avait accepté de ralentir pour moi seul.
Ici, dans ce lit, je suis à la fois prisonnier volontaire et souverain absolu. Rien ne me presse. Rien ne m’arrache. Et je décide que, pour aujourd’hui, mon royaume se limitera à ces draps tièdes, à cette respiration calme… et à la jouissance profonde d’exister simplement. Malgré tout.
Germain Sehoué




































