La démocratie, dérivée du grec « demos » (peuple) et « kratos » (pouvoir), se définit comme un système où le pouvoir appartient au peuple. Ainsi, les divergences d’opinions ne sont pas des obstacles, mais des piliers essentiels.
En déclarant que « la démocratie signifie à la base que nous ne sommes pas d’accord », ce que Félix Houphouët-Boigny appelait « être d’accord sur notre désaccord « , Laurent Gbagbo montre deux choses importantes. La diversité des idées garantit le progrès et évite les dérives autoritaires du parti unique.
la démocratie ivoirienne a un problème
Le problème de la démocratie ivoirienne réside dans la coexistence entre un discours valorisant la pluralité et des pratiques où des opposants politiques se retrouvent en prison pour leurs opinions, comme les cyberactivistes Gala Kolebi et Stive Biko.
Cette contradiction révèle les limites de la démocratie dans des contextes fragiles où la liberté d’expression est parfois perçue comme une menace au lieu d’être une richesse.
Gbagbo pour la promotion des contraires
Affirmer que l’on est là pour « promouvoir les contraires » comme l’a affirmé Laurent Gbagbo, implique une tolérance et une ouverture d’esprit exemplaires. Cela suppose que des opinions divergentes peuvent coexister et s’enrichir mutuellement, à condition que le débat reste pacifique et constructif.
Cependant, dans une société marquée par des tensions politiques et sociales, cet idéal peut sembler utopique. Il faut donc des institutions fortes et un cadre légal respecté pour garantir ce pluralisme sans que les désaccords ne dégénèrent en conflits destructeurs.
Car comment comprendre que des citoyens se retrouvent en prison pour avoir manifesté contre la cherté de la vie. En quoi manifester pacifiquement pour que le coût de la vie redevienne normal rend le manifestant dangereux ? Semble se demander Laurent Gbagbo.
De même, la réflexion du président du PPA-CI braque la lumière sur les conditions d’arrestation auxquelles l’opinion assiste en Côte d’Ivoire sous le régime RHDP. Par exemple, pour mettre aux arrêts un simple cyberactiviste (Gala Kolebi) qui aurait commis une faute dans une vidéo d’information, on organise un spectacle. Des hommes en cagoule envahissent chez lui, séquestrent sa famille avec des armes, comme pour neutraliser le chef d’un dangereux gang ou d’un cartel de drogues. Cela est fait de telle sorte que les médias et les parents des victimes parlent souvent d’un enlèvement là où il s’agissait d’une arrestation.
Or, l’enlèvement est une action criminelle menée par des individus en dehors de tout cadre légal, avec pour objectif la rançon, la vengeance ou la manipulation. Alors que l’arrestation est une action légitime effectuée par les forces de l’ordre sur instruction d’un juge, selon la procédure légale en vue d’une garde à vue, en attendant une enquête ou un jugement. C’est pourquoi enlever une personne non dangereuse pour qu’elle se retrouve après à la DST ou au tribunal suscite toujours des interrogations.
L’éducation démocratique devient une priorité
Pour que cette vision prenne racine, il est indispensable d’éduquer les citoyens à accepter et valoriser les opinions contraires. Et cela, le faire déjà au sein des partis politiques. Ensuite, cela passe également par des médias véritablement libres, un système judiciaire indépendant et une véritable volonté politique de respecter les principes démocratiques.

En un mot comme en mille, les propos de Laurent Gbagbo interpellent sur la nécessité de construire une démocratie authentique en Côte d’Ivoire. Celle fondée sur le respect des différences. Ils rappellent que la tolérance et la justice sont les garants d’une société harmonieuse, mais qu’il reste un long chemin pour transformer ces idéaux en réalités tangibles. « Vous voyez comment on nous maltraite… » soutient l’ancien chef de l’Etat comme preuve.
Germain Séhoué


































