Parmi les enjeux de l’engagement de l’ancien président Laurent Gbagbo, mis en évidence par Dr Koné Katinan lors de Tribune du PPACI numéro 41, il y a l’enjeu mémoriel. Selon lui, cet aspect de son discours est essentiel, car il touche au cœur sensible de la nation : sa capacité à se souvenir ensemble, sans déformer ni occulter les événements douloureux qui ont marqué son histoire récente. Depuis 1999, la Côte d’Ivoire a traversé des épisodes violents — coups d’État, rébellion, crises électorales, massacres de populations civiles — qui ont laissé des traces profondes dans la conscience collective. Pourtant, ces événements n’ont jamais donné lieu à une construction mémorielle équilibrée. Chaque camp a développé sa propre narration, souvent contradictoire, ce qui empêche l’émergence d’une mémoire commune.

L’enjeu mémoriel consiste donc à sortir du déni et des récits fragmentés pour reconstituer une histoire fidèle, fondée sur des faits établis et des responsabilités assumées. Le discours rappelle que de graves épisodes, comme le massacre des Wê, le charnier de Yopougon ou les exactions de la crise postélectorale, restent enveloppés de zones d’ombre. Cette absence de clarification entretient les frustrations, nourrit les ressentiments et empêche les populations de tourner la page.
Faire mémoire, ce n’est pas attiser les tensions ; c’est reconnaître la souffrance de chaque communauté afin qu’aucune ne se sente ignorée. La mémoire apaisée est le fondement d’une réconciliation durable. L’enjeu mémoriel vise donc à redonner une dignité aux victimes, à restaurer la vérité et à prévenir l’instrumentalisation politique du passé.
Enfin, cet enjeu engage la responsabilité des leaders : transmettre aux générations futures un récit cohérent et honnête, qui permette d’éviter la répétition des erreurs. Une nation qui refuse de regarder son passé en face s’expose à revivre les mêmes tragédies. L’enjeu mémoriel devient ainsi un impératif moral : guérir les blessures pour reconstruire une société unie, lucide et tournée vers l’avenir.
Eugénie Dallo
































