En Côte d’Ivoire, la caution présidentielle élevée limite l’accès au scrutin. Analyse d’un verrou démocratique à l’approche de 2025.
En France, la caution pour se présenter à l’élection présidentielle n’est que de 2 000 euros, assortie de 500 parrainages d’élus. Un dispositif simple qui garantit le sérieux des candidatures sans exclure arbitrairement des prétendants. En Afrique, et singulièrement en Côte d’Ivoire, la barre est fixée bien plus haut : plusieurs dizaines de millions de francs CFA (50 millions de francs CFA ou 76 225 euros), une somme qui frôle souvent l’inaccessible pour des acteurs politiques issus de partis modestes ou indépendants.
Cette différence interroge. D’où vient cette exagération si ce n’est d’une volonté implicite d’empêcher l’émergence de challengers hors du cercle des grandes formations traditionnelles ? Dans un pays qui sort d’une décennie de crises et où la quête de transparence électorale reste centrale, la question du coût d’accès à la présidentielle mérite un véritable débat démocratique.
En effet, la caution ne devrait pas constituer une barrière financière mais un gage de responsabilité. Or, dans le contexte ivoirien, elle agit davantage comme un filtre social et économique qui creuse l’écart entre les élites politiques établies et les forces citoyennes en quête de représentation. Cette situation nourrit l’idée que les règles du jeu électoral sont taillées pour les plus riches ou les plus puissants, fragilisant ainsi la confiance des électeurs.
Alors que l’opposition et la société civile réclament une réforme du cadre électoral en vue de 2025, la question de la caution revient avec insistance. Doit-elle rester un instrument de sélection financière ou être repensée à l’image des modèles plus équilibrés, comme celui de la France ? Une révision à la baisse, accompagnée d’exigences claires en matière de parrainages citoyens ou d’élus, renforcerait la crédibilité du processus.
Dans une démocratie en quête de maturité, l’égalité des chances à la présidentielle n’est pas un luxe, mais une nécessité.
Suzanne Assalé
































