De Laurent Gbagbo à la déferlante judiciaire visant le PPA-CI et le PDCI-RDA de Tidjane Thiam, retour sur la méthode du « paquet de 17 chefs d’inculpation » pour terrorisme et atteinte à l’État qui paralyse l’opposition.
La jurisprudence des « 20 ans » : la mise hors-jeu des figures de proue
Pendant plusieurs années, le paysage politique ivoirien a été façonné par une série de verdicts d’une sévérité remarquable, marquant la neutralisation judiciaire des principaux chefs de file de l’opposition. La peine de 20 ans de prison ferme s’est imposée comme une marque de fabrique du système pénal à l’encontre des figures gênantes.
L’ancien président Laurent Gbagbo, ainsi que ses proches collaborateurs comme Justin Koné Katinan et l’ex-Premier ministre Gilbert Aké N’Gbo, ont été frappés en janvier 2018 par cette peine de 20 ans dans l’affaire de la « casse » de la BCEAO. Bien que M. Gbagbo ait bénéficié d’une grâce présidentielle en août 2022, l’absence d’amnistie formelle le maintient privé de ses droits civiques et politiques. Guillaume Soro a connu un sort similaire en avril 2020 avec 20 ans de réclusion pour recel et blanchiment, avant une condamnation à perpétuité en 2021. Quant à Charles Blé Goudé, il s’est vu infliger la même sentence par contumace en 2019, alors même qu’il affrontait la justice internationale à La Haye.
Cette stratégie du coup de massue individuel visait à décapiter les états-majors politiques en frappant directement leurs leaders historiques.
Le « forfait des 17 chefs » : la paralysie méthodique des appareils partisans
Aujourd’hui, la stratégie judiciaire franchit un palier doctrinal. Il ne s’agit plus seulement d’écarter des têtes d’affiche, mais d’appliquer un « paquet commun » d’accusations extrêmement lourdes pour paralyser l’ensemble des cadres opérationnels du PPA-CI (Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire) et du PDCI-RDA (Parti démocratique de Côte d’Ivoire).
Notifiée par le pôle antiterroriste du tribunal de première instance d’Abidjan, cette vague de poursuites s’appuie sur une grille d’inculpation standardisée en 17 points :
- Sûreté de l’État et terrorisme : Actes de terrorisme, complot, tentative d’attentat et participation à un mouvement insurrectionnel.
- Atteintes aux personnes et aux biens : Assassinat, meurtre, coups et blessures, destructions de biens publics et privés, pillage, vol en réunion.
- Ordre public et sécurité : Rassemblements interdits, troubles graves, incitation à la révolte, détention d’armes et association de malfaiteurs.
Sous le coup de ces inculpations ou de convocations ciblées figurent des personnalités centrales du PPA-CI comme Sébastien Dano Djédjé, Koua Justin, Fabrice Lago (Steve Biko), mais aussi des dirigeants déjà incarcérés tels que Justin Koné Katinan ou Damana Adia Pickass.
Le PDCI-RDA dans le viseur : l’extension du périmètre d’inhibition
La nouveauté marquante de cette « déferlante judiciaire » réside dans son extension aux cadres du PDCI-RDA. La convocation et l’inculpation sous la même formule des 17 chefs de hauts responsables — dont Aziz Thiam (vice-président et frère aîné de Tidjane Thiam), Georges-Philippe Ezaley et Roger M’Bia, tous placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de quitter le territoire — traduisent un resserrement de l’étau autour de l’appareil dirigé par Tidjane Thiam. D’autres figures comme Alain Cocauthrey ou le député Augustin Dia Houphouët sont également prises dans ce maillage.
Alors que le pouvoir affirme le strict respect de l’indépendance de la justice face à des infractions de droit commun et d’ordre public, la direction du PDCI-RDA dénonce une instrumentalisation du pôle antiterroriste visant à étouffer le débat démocratique et à neutraliser toute capacité d’action politique à l’approche des échéances majeures. De la condamnation ciblée à l’inculpation de masse, le prétoire demeure l’épicentre du jeu politique ivoirien.
GERMAIN SEHOUE































