La récente sortie médiatique de l’ambassadeur de Côte d’Ivoire en France, Maurice Bandama, visant les propos de Jean-Luc Mélenchon, opposant français, a suscité une analyse acerbe de la part de Nady Bamba épouse Gbagbo. Au-delà de la polémique diplomatique, cette tribune met en lumière les contradictions profondes d’un pouvoir ivoirien pris entre le discours souverainiste et une dépendance structurelle vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale.
L’hypocrisie de la souveraineté
L’argument central de l’auteure repose sur une déconstruction du concept de souveraineté. Pour Nady Bamba Gbagbo, celle-ci ne saurait être une « bouée de sauvetage » que l’on active sélectivement pour échapper aux critiques sur les droits de l’homme ou la gestion interne du pays. En dénonçant le silence de la France face aux récents enjeux sécuritaires et politiques en Côte d’Ivoire, elle révèle un paradoxe : le gouvernement ivoirien se présente comme le dernier rempart de la Françafrique pour s’assurer une protection diplomatique, tout en invoquant une indépendance totale dès que la moindre voix dissonante s’élève.
Cette posture révèle une réalité « ubuesque » : la Côte d’Ivoire exercerait, selon l’auteure, un véritable chantage diplomatique sur Paris. En échange de sa fidélité affichée, Abidjan attendrait un soutien tacite, transformant la relation bilatérale en un échange de bons procédés aux dépens de la vérité démocratique.
Sortir du schéma obsolète
La tribune ne se limite pas à une critique du pouvoir en place ; elle propose une vision prospective. Nady Bamba Gbagbo plaide pour une rupture définitive avec le schéma hérité de 1960. Elle exhorte la France à abandonner sa logique d’influence hégémonique pour privilégier un dialogue direct avec l’ensemble des dirigeants africains, y compris ceux des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Pour l’auteure, la solution réside dans une nouvelle génération d’acteurs politiques. Le Président français Emmanuel Macron, par sa jeunesse, aurait l’opportunité historique de briser les codes diplomatiques vieillots. En privilégiant des relations basées sur le respect mutuel et le partenariat « gagnant-gagnant » plutôt que sur l’intermédiation de régimes complaisants, la France pourrait renouer avec la jeunesse africaine, audacieuse et en quête de dignité.
Le défi de la responsabilité africaine
Enfin, le texte porte une charge morale forte envers les dirigeants africains. L’auteure insiste sur le fait que le colonialisme ne peut plus servir d’alibi éternel. « L’Afrique doit assumer ses choix », affirme-t-elle. La responsabilité des divisions et de l’affaiblissement des nations africaines incombe d’abord aux Africains eux-mêmes, notamment à ceux qui cherchent leur légitimité dans les officines étrangères plutôt que dans les urnes et le dialogue avec leur peuple.
En conclusion, cet appel est celui d’une « afro-optimiste » qui appelle à un panafricanisme de solidarité — le fameux « je grimpe, tu grimpes » cher à Laurent Gbagbo. C’est un plaidoyer pour une Afrique souveraine, capable de s’élever collectivement, tout en exigeant de ses partenaires internationaux une cohérence conforme aux valeurs universelles de liberté et de respect.
Germain Sehoué
























