Abidjan — C’est un véritable manifeste idéologique qu’a exposé ce jour Tchéidé Jean Gervais, Vice-Président Exécutif et Commissaire Général du projet. Intitulé « Le Pacte Social », ce programme en sept piliers dessine les contours d’une Côte d’Ivoire alternative. Au-delà des réformes techniques, l’intervention du cadre du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) se distingue par une charge politico-sémantique ciselée, pensée pour déconstruire le modèle de gouvernance actuel et imposer un nouveau récit national.
D’un point de vue sémantique, le discours s’articule autour d’une rupture lexicale brutale avec la rhétorique officielle. Là où le pouvoir vante les performances macroéconomiques, le PPA-CI oppose le terrain du quotidien et du ressenti populaire. En reprenant l’expression pragmatique « on ne mange pas les ponts », Tchéidé Jean Gervais lie directement l’endettement massif du pays à l’asphyxie du pouvoir d’achat. Le texte opère ainsi un glissement : la croissance ne se mesure plus en indicateurs abstraits, mais à « l’aune de la vie quotidienne » et de « ce qui se trouve dans l’assiette ».
Sur le plan politique, le Pacte Social réaffirme l’ancrage social-démocrate et souverainiste du parti de Laurent Gbagbo. Le premier pilier jette les bases d’une refondation morale de l’État. En qualifiant le « rattrapage ethnique » de « poison » pour l’administration et en martelant que « la politique n’est pas un tremplin pour l’enrichissement personnel », le PPA-CI s’attaque à l’imaginaire de la corruption. À cette centralisation des privilèges d’un « seul clan », le projet oppose une sémantique de l’universalité : Assurance Maladie Universelle (AMU), école gratuite et obligatoire jusqu’à 18 ans, et suppression de l’uniforme scolaire, perçu comme un frein à l’égalité des chances.
L’autre axe sémantique majeur réside dans la reconquête de la dignité et de la souveraineté. En prônant la préférence nationale dans les marchés publics et en exigeant le transfert effectif de la capitale à Yamoussoukro — qualifiée de « seule capitale choisie par les Ivoiriens » face à un Abidjan « hérité de la colonisation » —, le discours sature le débat des concepts d’indépendance économique et de fierté retrouvée. De même, la liberté d’expression est défendue face à ce que le parti qualifie de « démolition méthodique du parler pluriel », assimilée à un retour larvé au parti unique.
Enfin, la question de la cohésion nationale fait l’objet d’un traitement rigoureux. Le triptyque « Vérité, Justice, Réconciliation » est posé en condition sine qua non de l’avenir du pays. En réclamant un inventaire judiciaire de toutes les crises depuis 1999, le PPA-CI rejette la « justice des vainqueurs » et utilise le concept de « vérité » comme le seul ciment capable de refermer les plaies béantes du tissu social.
En somme, ce Pacte Social se présente comme une arme politique globale. En remplaçant la logique technocratique par une grammaire de la justice sociale et de l’humain, le PPA-CI entend ouvrir, selon les mots de son Commissaire Général, « une nouvelle page de l’histoire ivoirienne ».
Germain Sehoué

































