Le communiqué est tombé comme un couperet, mais avec une élégance sémantique qui masque mal l’onde de choc. En saluant, ce vendredi 8 mai, la dissolution de la Commission Électorale Indépendante (CEI) par le Conseil des ministres, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) opère un virage à 180 degrés qui interroge les observateurs de la vie politique ivoirienne.
Pendant des années, le parti au pouvoir a fait de la CEI le bastion de sa légitimité électorale, opposant une fin de non-recevoir systématique aux exigences de réforme de l’opposition. Aujourd’hui, le ton change. Tout en rendant un hommage quasi funèbre à une institution qui a « supervisé les élections pendant vingt-cinq années », le parti d’Alassane Ouattara valide sa disparition.
L’exercice d’équilibrisme est périlleux. Le texte évoque des « critiques souvent infondées », tout en se réjouissant que le gouvernement y ait répondu. Ce paradoxe révèle une stratégie de « lâcher de lest » calculée. En dissolvant une institution qu’il contrôlait pourtant, le RHDP tente de désamorcer la grogne sociale et de reprendre l’initiative politique. Il ne s’agit plus de défendre un bilan, mais de protéger l’avenir en offrant une tête — celle de la CEI — sur l’autel de l’apaisement de façade.
En appelant à un « nouveau mécanisme », le secrétaire exécutif, Ibrahima Cissé Bacongo, prépare déjà le prochain round. Pour le pouvoir, l’enjeu est double : évacuer le passif d’une institution devenue trop polémique et s’assurer la mainmise sur la structure qui lui succédera. Sous couvert de « l’écoute » présidentielle, le RHDP sacrifie son bouclier électoral historique pour mieux reconstruire une citadelle capable de garantir sa survie politique. Reste à savoir si l’opinion publique verra dans ce geste une volonté réelle de transparence ou un simple ravalement de façade institutionnel.
Germain Sehoué
























