En Côte d’Ivoire, le jeu de chaises musicales institutionnel prend une tournure hautement stratégique. La nomination de Ibrahim Coulibaly-Kuibiert à la présidence du Conseil d’État, après son passage à la tête de la CEI, est perçue par l’opposition non comme un retrait, mais comme une montée en puissance redoutable.
Hier organisateur des scrutins, Coulibaly-Kuibiert devient aujourd’hui le juge suprême des élections locales. Si la CEI gère la logistique et la compilation, le Conseil d’État tranche souverainement le fond des contentieux municipaux et régionaux. Pour les adversaires du RHDP, le « danger » ne s’est pas évaporé ; il s’est élevé au sommet de la hiérarchie judiciaire.
Ce nouveau rôle est jugé plus « létal ». En tant qu’ancien maître d’œuvre de la machine électorale, il possède une connaissance chirurgicale des processus. Cette expertise lui permet de débusquer la moindre faille dans les recours de l’opposition avec une précision juridique implacable. Désormais, une victoire acquise dans les urnes pourrait s’effondrer devant un arrêt définitif et sans recours de celui qu’ils surnomment l’« exterminateur ».
En plaçant cet homme de confiance à un poste si névralgique, le pouvoir semble verrouiller le maillage territorial. Le message est limpide : l’arbitre a changé de robe, mais conserve le sifflet final. Pour l’opposition, le défi ne sera plus seulement de gagner les voix, mais de survivre au verdict d’un juge qui connaît par cœur les rouages qu’ils tentent de contester
Germain Sehoué
































