La récente campagne de sensibilisation relayée par la Télévision Ivoirienne, s’appuyant sur les explications de M. Michael Konan, spécialiste en prévention des risques liés au gaz, a surpris plus d’un ménage ivoirien. Le message est désormais clair : on ne doit rien poser sur la bouteille de gaz B6, communément appelée Faitout. Poser directement le brûleur ou le foyer sur la bouteille serait une mauvaise utilisation, potentiellement mortelle.

Mais cette sortie tardive soulève de lourdes interrogations.
La bouteille de gaz B6 a été introduite dans le commerce ivoirien à partir de 1993, dans le cadre de la politique nationale de butanisation, destinée à lutter contre la déforestation et à réduire l’usage du bois de chauffe et du charbon. Cette politique s’est intensifiée autour des années 2000, avec la démocratisation de la B6, perçue comme un outil accessible aux ménages modestes.
Depuis lors, près de 32 ans, des millions d’Ivoiriens utilisent cette bouteille selon une méthode devenue la norme : le brûleur directement posé sur la bouteille. Une pratique qui n’est ni le fruit d’une invention populaire, ni d’un bricolage clandestin, mais bien celle qui a accompagné la commercialisation du produit lui-même.
Or, au fil des années, la B6 a été impliquée dans de nombreuses explosions meurtrières, souvent attribuées à la « négligence » ou à la « mauvaise manipulation » des usagers. Ces drames auraient pourtant dû déclencher, depuis longtemps, des études de sécurité approfondies, des correctifs techniques, ou à tout le moins, une communication rigoureuse et continue.
Pourquoi faut-il attendre 2025 pour expliquer que la bouteille ne doit pas être en contact avec la chaleur ?
Depuis quand la dilatation volumique des gaz est-elle devenue une découverte nouvelle en physique ? Était-elle inconnue des ingénieurs, des fabricants, des embouteilleurs et des distributeurs durant trois décennies ?

Plus troublant encore : sur quelle base technique et réglementaire les brûleurs et foyers conçus pour être posés sur la B6 ont-ils été fabriqués, homologués et vendus ? Avec l’accord de qui ? Sans aucune étude préalable de sécurité ? Sans protocole clair de prévention des risques ?
Aujourd’hui, l’apparition soudaine d’un cordon séparateur, présenté comme solution salvatrice, donne le sentiment qu’un nouveau produit commercial vient corriger tardivement une faille ancienne, au lieu d’assumer une responsabilité collective. Mais que fait-on alors de ceux qui ont perdu la vie ? Qui répond moralement, techniquement et juridiquement de ces morts évitables ?

Qu’on ne s’y trompe pas : la sensibilisation est nécessaire et salutaire. Elle peut sauver des vies. Mais elle ne saurait effacer des décennies de silence, ni transférer brutalement la faute sur des populations qui ont simplement utilisé un produit tel qu’il leur a été présenté et vendu.
La vraie question demeure : comment un produit de grande consommation, utilisé depuis plus de 30 ans, a-t-il pu circuler aussi longtemps sans encadrement sécuritaire rigoureux et transparent ?
C’est à cette question que le secteur du gaz doit aujourd’hui répondre, sans détour.
Germain Sehoué






































