Analyse des chiffres présentés par le Dr Justin Katinan Koné, président du conseil stratégique et politique du PPA-CI : Une radiographie de l’inégalité.
Derrière la hausse apparente du taux de réussite au Baccalauréat (passant de 34,17 % en 2024 à 40,15 % en 2025), le discours de Justin Katinan Koné révèle une réalité structurelle alarmante. L’analyse des tableaux présentés met en lumière trois fractures majeures qui sapent les fondements de la méritocratie ivoirienne.
La Fracture Géographique : Un pays à deux vitesses
Le premier constat est celui d’une « macrocéphalie éducative ». Les trois pôles urbains (Abidjan, Yamoussoukro, Bouaké) captent l’essentiel des ressources. Les chiffres sont sans appel : le taux de réussite y atteint 36,5 %, contre seulement 21,5 % dans le reste du pays. Le Tableau 1 confirme cette hiérarchie régionale : la Zone Sud culmine à 46,83 % de réussite, tandis que la Zone Ouest stagne à 30,8 %, malgré une progression relative. Cette disparité de 16 points démontre que le lieu de naissance prime désormais sur le talent de l’élève.
Le Paradoxe du Privé : L’affairisme au détriment du mérite
Le rapport pointe une anomalie économique : alors que 84 % des établissements sont privés, leur performance reste inférieure au public (37,4 % contre 42,9 %). Plus grave encore, l’État a augmenté ses subventions de façon exponentielle, passant de 165,2 milliards en 2023 à 322,6 milliards de FCFA en 2025. En retour, 40 établissements privés ont affiché un taux de réussite de 0 % pour la deuxième année consécutive. Ce « laxisme » suggère une transformation de l’éducation en un simple secteur de profit.
Le Déclassement Régional (CAMES)
Enfin, la comparaison internationale replace la Côte d’Ivoire à sa juste place : en queue de peloton de l’espace CAMES. Avec 40,15 %, elle est largement devancée par le Bénin (73,13 %) et le Burkina Faso (56,45 %).
On peut dire que l’école ivoirienne ne réduit plus les inégalités ; elle les consacre. Le système actuel favorise une ségrégation où les élites urbaines prospèrent tandis que le monde rural et les classes défavorisées sont parqués dans des « écoles-boutiques » sans avenir. Sans un moratoire sur les ouvertures d’écoles privées et un doublement du budget public pour les zones rurales, le diplôme ivoirien continuera de perdre sa valeur sur l’échiquier régional. L’urgence n’est plus aux statistiques de réussite, mais à la restauration de l’équité républicaine.
Eugénie Dallo




























