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jeudi 15 novembre 2018
lhorizoninfo.com/photos/DR

Mort de Abou Drahamane Sangaré / Message post-mortem : « Poursuivez notre combat… » (Marie-Mélanie Bossoué)

Abou Drahamane Sangaré est mort. Mort comme il ne fallait pas. Il était un intellectuel, un universitaire achevé. Ce n’était pas un laboureur habituellement brisé par l’effort physique d’élévation de butte de tubercules ou un travailleur vivant grâce à ses biceps. Sa qualité de vie de professeur d’université le prédestinait à une longue et saine vie. Musulman non-hystérique, il a mené un combat politique civilisé aux côtés de Laurent Gbagbo pendant des années. Et cela, sans arme qui pourrait le ruiner physiquement. A sa qualité de vie, correspond normalement un état de santé favorisant une espérance de vie honorable. A moins qu’un accident vienne déjouer les pronostics, on ne pouvait parier le pire, sans hésiter, sur pareille qualité de vie. Parce qu’il y a aucune raison qu’il ait la même espérance de vie du genre de 72 ans que pourrait souhaiter un manutentionnaire. 


Mais voilà que dans sa vie politique, il a le malheur d’avoir pour adversaires les membres du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la paix (RHDP). Un groupement politique qui est tout le contraire de sa définition théorique. Des hommes et des femmes qui font de la violence politique leur jeu favori. 
En 2011, la guerre et les bombardements qu’Alassane Ouattara et ses amis et alliés ont déclenchés, bouleversent tout le monde. Abou Drahamane Sangaré est conduit au Golf Hôtel, puis à Katiola avec bien d’autres partisans et proches de Laurent Gbagbo. Ils sont livrés à une bande de rebelles de Soro Guillaume. Des gens qui ne tiennent alors que le langage de la torture. Broyer un intellectuel de 65 ans ne leur pas des frissons d’effroi. Il faut déshumaniser les opposants, peu importe leur statut social. Ces tortionnaires, mandatés en vérité, par on ne sait que trop bien qui. Qui, lui-même par ailleurs, aussi s’avère être une marionnette de la France, le commanditaire final. 


Sangaré et les séquelles de la prison


Mis donc en prison, pour une énième fois, à l’âge de 65 ans, il est maltraité, humilié. Dans ce lieu de l’infamie, à Katiola, il est exposé à des maladies sérieuses, de nature à réduire l’espérance de vie. Des pathologies de type cardio-vasculaire, prostatique, etc. Cela ne pouvait que fragiliser sa santé. Mais malgré sa souffrance intérieure, Abou Drahamane Sangaré n’a cessé d’être lui-même. C’est-à-dire cet homme intègre, demeure fidèle à ses convictions et à son ami et frère Laurent Gbagbo. Devant l’usure du mal, il ne décline pas l’offre du combat pour les libertés et la démocratie. Ainsi, il est dans les meetings, les réunions et la production intellectuelle pour faire avancer la cause des Ivoiriens. Parfois, à l’occasion d’une manifestation politique pourtant pacifique, il est « ramassé » tel un vulgaire personnage pour être jeté dans un cargo de la police chargée de mater les opposants. 

Et voilà qu’un matin, l’on apprend avec stupéfaction son décès ! Abou Drahamane Sangaré est mort ! « Le vrai opposant » comme disent des Ivoiriens, est décédé ! Après le décès de l’ex-ministre Abouo N’Dori Raymond, celui de l’ancien DG du Port autonome d’Abidjan Marcel Gossio, qui n’est pas encore inhumé, Sangaré, le Gardien du Temple quitte la troupe ! Il s’est battu de toutes ses énergies, de tout son souffle, il n’a pas vu la fin du film. Il n’a pas pu accueillir Laurent Gbagbo libéré des liens de la CPI comme l’on l’imaginait le faire à l’aéroport. Tenir Laurent Gbagbo dans ses bras… C’est comme une Chappe de plomb qui s’abat sur la Côte d’Ivoire. La tristesse va jusqu’à gagner des personnes qui ne le connaissaient même pas particulièrement et n’appartenaient pas à son camp. Sa mort est inacceptable. Vraiment ! Mais Dieu est souverain et tout ce qu’il fait est bon. 


Les larmes hypocrites de Guillaume Soro


Et après ce décès, se joignant à d’autres hommes politiques, Guillaume Soro, président de l’Assemblée nationale, exprime sa tristesse : « J’ai appris avec une vive émotion le décès ce samedi 03 novembre 2018 à Abidjan, de M. Aboudramane SANGARE, ancien Ministre d’Etat, Ministre des Affaires étrangères, Président par intérim du Front Populaire Ivoirien, à l’âge de 72 ans. Je salue la mémoire d’un combattant passionné de la Démocratie et des Libertés individuelles, dont l’engagement au côté de M. Laurent GBAGBO pour l’instauration du pluralisme politique en Côte d’Ivoire, reste l’un des acquis irréductibles de notre pays. La Côte d’Ivoire perd un de ses plus valeureux fils. Je présente mes sincères condoléances à sa famille biologique ainsi qu’à la famille politique du Front populaire ivoirien. » Tels sont les mots de celui-là qui a assumé l’ex-rébellion sanglante de 2002. Cette rébellion qui a assassiné son compagnon, le ministre d’Etat Emile Boga Doudou.


Or donc, c’était « un combattant passionné de la Démocratie et des Libertés individuelles » ? Et son « engagement (…) pour l’instauration du pluralisme politique en Côte d’Ivoire, reste l’un des acquis irréductibles de notre pays » ? C’est pourtant cet homme avec tant de mérite que vous avez envoyé en prison. Et que vos hommes, ces rebelles de tous poils, ont malmené sans états d’âme, comme un malfrat. C’est ce mauvais traitement qui l’a acculé à la mort. 


La mort est cruelle. Mais l’étincelle allumée en 1971 dans une prison de Séguéla entre lui et Laurent Gbagbo ne sera pas éteinte. Abou Drahamane Sangaré laisse un Nom et un combat. Car la vie de ce grand homme est pour bien d’Ivoiriens, un exemple, un modèle de constance dans l’effort. Un modèle de fidélité, de loyauté et de démocratie. Il sait par exemple qu’il n’est qu’un intérimaire à la tête du Front populaire ivoirien. Et il n’aurait jamais eu la prétention de tourner la page de Gbagbo, et de confisquer son poste. 


Message post-mortem


Le connaissant, de là où se trouve son âme, il continue de donner de l’espoir à ses camarades de lutte et à la jeunesse. Même si l’on n’a pas réussi à se débarrasser de l’OPA (offre publique d’achat, vente publique de notre pays) de la France, il faut poursuivre la lutte en donnant le meilleur de soi. Et son message d’outre-tombe ou post-mortem pourrait être : « Poursuivez notre combat jusqu’à ce que vous le gagniez comme l'Algérie. Sinon, n’oubliez pas de le transmette à vos enfants afin que, eux, remportent la bataille de la souveraineté économique et politique de la Côte d’Ivoire ». Car, contre le pillage de la Côte d’Ivoire structuré par la France et ses marionnettes, il ne faut pas abdiquer. Abou Drahamane Sangaré est certes mort, mais ses idées et son esprit de résistance continuent de galvaniser les démocrates. 


Marie-Mélanie Bossoué
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