C’est un plaisir de revenir sur un aspect du récent discours du Dr Justin Katinan Koné, président du conseil stratégique et politique du PPACI, discours livré lors du 43e numéro de la Tribune du PPACI : l’école ivoirienne.
Pendant des décennies, l’école ivoirienne a été le socle de l’unité nationale, l’unique promesse faite à l’enfant de paysan qu’il pourrait, à force de labeur, s’asseoir à la table des décideurs. Aujourd’hui, les chiffres du baccalauréat 2024 et 2025 agissent comme un électrochoc : l’ascenseur social est bloqué entre deux étages, et la fracture géographique menace de transformer notre système éducatif en une implacable machine à exclure.

Le constat est sans appel. Avec un taux de réussite de 36,5 % dans les métropoles contre à peine 21,5 % dans le reste du pays, le lieu de naissance est devenu le premier déterminant de la réussite. Abidjan, Yamoussoukro et Bouaké ne sont plus seulement des centres urbains ; elles sont devenues des îlots de privilèges où se concentrent infrastructures, enseignants qualifiés et budgets. À l’inverse, les zones rurales, notamment l’Ouest en souffrance, sont les victimes d’une « désertification éducative » qui ne dit pas son nom.
Cette reproduction des élites urbaines est aggravée par un secteur privé hors de contrôle. En subventionnant à coups de milliards des « écoles-boutiques » aux résultats nuls — 40 établissements affichant 0 % d’admis — l’État cautionne un affairisme indécent. On assiste à une ségrégation de fait : le privé huppé pour les nantis, et pour les autres, des structures précaires où l’on vend de l’illusion à des parents épuisés.
Pourtant, le secteur public, malgré ses classes à 100 élèves et son sous-financement, continue de surperformer. C’est là que bat encore le cœur de la résilience ivoirienne. Mais jusqu’à quand ? Sans une décentralisation réelle et un plan d’urgence pour les zones déshéritées, le diplôme ne sera plus une clé, mais un mur. Si l’école ne réinvestit pas les campagnes, elle cessera d’être le ciment de la nation pour n’en être que le miroir de ses plus profondes déchirures.
Germain Sehoué



































