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jeudi 15 novembre 2018
lhorizoninfo.com/photos/DR

CRIMES DE LA FRANCE / Les massacres de Sansanné -Haoussa (Soudan)

Les crimes de la France contre l’humanité en Afrique, que Jacques Morel a intitulés dans son livre « CALENDRIER DES CRIMES DE LA FRANCE OUTRE-MER », publié en 14 avril 2005, vont être présentés selon un calendrier. Parce que leur liste a été dressée par l’auteur selon un calendrier. Nous commençons la série avec le « Sac de Sansanne -Haoussa (Soudan) » le 9 janvier 1899. Mais avant, il est utile de savoir pourquoi et comment ces révélations…

Pourquoi ce calendrier ?

L’idée  d’un  calendrier  des  crimes  coloniaux  de  la  France  est  née  lors  d’une  discussion  à  l’assemblée générale de l’association Survie au printemps 1997.

Le  besoin  de  remémorer  ces  faits  peu  honorables  pour  une  conscience  franc¸aise  est  apparu  en  1994. Nombre  de  membres  de  cette  association,  ont  été  indignés  de  découvrir  que  la  France  s’était  rendue complice des organisateurs du génocide qui, au Rwanda, avaient ordonné l’extermination des personnes dites Tutsi et des personnes dites Hutu ne partageant pas la haine raciale prêchée par la fraction « Hutu Power », sinistres disciples de Vacher de Lapouge.

Plus généralement, ces militants condamnent l’attitude de la France qui, sous couvert de coopération ou d’aide au développement, mène une action nuisible : derrière la volonté affichée d’aider se cache celle de  poursuivre  une  politique  d’exploitation  et  de  domination.  Autant  d’objectifs  qui  ont  ´et´e  ceux  de  la colonisation.

Cette colonisation, pour s’imposer et se perpétuer, a eu recours à de nombreux actes criminels restés impunis. Cette impunité autorise actuellement la France `a poursuivre sa politique inavouable en Afrique, sans que les défenseurs franc¸ais des Droits de l’Homme s’en insurgent. Et pour cause : c’est la propagation de la civilisation, du christianisme ou des droits de l’homme

qui ont servi de prétexte honorable à la conquête coloniale et permis la dissimulation de ces crimes. Toutes les justifications de la colonisation reposaient en réalité, au XIXème siècle, sur la notion de race supérieure  exprimée  en  1853  par  le  marquis  de  Gobineau  dans  son  Essai  sur  l’inégalité  des  races,  puis systématisée  dans  le  darwinisme  social.  Ces  théories étaient  les  héritières  du  christianisme  qui  se  disait seule  véritable  religion,  s’autorisait  de  Dieu  pour  réduire  les  récalcitrants,  niait  ses  origines  sémites  en perpétuant le mépris des Juifs et, après s’être demandé si les habitants du Nouveau Monde avaient une âme, considérait les hommes de couleur noire comme marquées par la malédiction prononcée par Noé sur son fils Cham.

Trouver un début à cette remémoration, c’est remonter à la source du mépris de l’homme blanc pour l’homme de couleur, tel que nous le montraient nos livres de géographie. C’est remonter loin. S’agissant de  la  France,  nous  avons  choisi  de  commencer  en  1099,  date  de  la  prise  de  Jérusalem  par  les  Crois´es  : ces derniers sont des Francs issus pour une grande part de ce qui sera la France ; les rois de France participeront  aux  Croisades  suivantes ;  la  Croisade  est  une  guerre  prêchée  par  l’Eglise.  L’esprit  de  la Croisade  se  perpétue  jusqu’à  nos  jours  et  la  coopération  entre  le  missionnaire  catholique  et  l’armée française a ´et´e l’un des moteurs principaux de la colonisation française.

Un  autre  fait  primordial  est  la  promulgation  du  Code  Noir,  qui  selon  Louis  Sala-Molins  ,  « gle  le génocide utilitariste le plus glacé de la modernité  ». C’est l’Etat qui légifère sur le droit du non-droit, le statut de sous-homme auquel est réduit l’homme noir, victime de la traite et de l’esclavage. C’est l’origine légale de la bestialisation du Noir, la naissance d’un racisme d’Etat.

Promulgué en 1685, abrogé en 1793, rétabli en 1802, abrogé en 1848, on peut en voir un prolongement dans le Code de l’Indigénat qui institue le travail forcé et perdure jusqu’en 1948. Il y a continuité.

Il  y  a  continuité  dans  la  législation  qui  définit  un  statut  de  sous-hommes,  il  y  a  continuité  dans  le mépris subséquent et, par là, dans le crime. C’est l’originalité de ce calendrier qui classe les faits par mois et jour, omettant l’année, donc les montrant pêle-mêle : constater qu’avec le temps, hélas, rien ne change.

Pis,  on  régresse.  Laurent  Schwartz,  mathématicien  réputé,  qui  a  dénoncé,  en  son  temps,  la  torture en  Algérie,  fait  remarquer  que  « la  Révolution  française  avait  aboli  la  torture.  La  République  n’a  pas respecté  cet  engagement. » (L’Humanité 28 novembre 2000). L’article 9 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (26 août 1789) stipulait en effet : « Tout homme étant présumé innocent jusqu’à` ce  qu’il  ait  ´été  déclaré  coupable,  s’il  est  jugé  indispensable  de  l’arrêter,  toute  rigueur  qui  ne  serait  pas nécessaire pour s’assurer de sa personne  doit être sévèrement  réprimée par la loi. » Alors que la France se rend complice de ceux qui hachent leurs semblables à la machette ou leur raccourcissent le bras pour les  empêcher  d’aller  voter,  la  conscience  collective  française  reste  persuadée  tout  autant  d’appartenir à une civilisation supérieure que d’être championne en matière de promotion des Droits de l’Homme.

Ce travail voudrait aider `a progresser sur le chemin de la vérité et amener les Français `a reconnaître les crimes commis en leur nom. Il ne s’agit pas de procéder à une introspection morbide mais simplement de faire reconnaître les faits, afin que cesse l’impunité et qu’aucun Français ne puisse à l’avenir, au nom de la France, perpétrer ou tolérer de tels crimes. Reconnaître les faits, n’est-ce pas le point de départ de l’attitude scientifique ? Porter un regard scientifique, c’est regarder les faits nus, dépouillés de l’emballage des idées, de la théorie, du discours, c’est prendre du recul, c’est ici passer sur l’autre rive. Ce devrait être écouter la voix des victimes et c’est là un gros problème, parce que les victimes ne sont tout simplement plus là ...

Si  les  Français  voulaient  bien  admettre  qu’ils  ont  sciemment  renoncé  au  principe  d’Universalité  des Droits  de  l’Homme,  reconnaître  et  condamner  des  crimes  d’Etat  animés  par  un  racisme  d’Etat,  s’ils cessaient  de  vouloir  imputer  ces  crimes  à  quelques  individus  dévoyés  ou  une  minorité  extrémiste,  alors cette  magnifique  phrase  française,  « Les  hommes  naissent  et  demeurent  libres  et  égaux  en  droit  » (26 août 1789), `a laquelle ont cru tant d’hommes de couleur, pourrait refleurir sur cette terre de France ou` leur naïf espoir a été frappé de plein fouet par la mitraille.(...)

9  janvier  1899  :  Sac  de  Sansanné-Haoussa  (Soudan)

A  la  suite  de  ses  échecs  face  `a  l’Angleterre  pour  la  prise  de  contrôle  du  Haut-Nil  et  du  Bas-Niger,

la  France  se  tourne  vers  le  Tchad.  La  « Mission  Afrique  Centrale-Tchad  »,  confiée  aux  capitaines  Paul Voulet et Julien Chanoine (ce dernier étant le fils du ministre de la guerre), part du Sénégal en 1898 pour gagner le lac Tchad où elle doit rejoindre la colonne Foureau-Lamy qui vient d’Algérie. Ils lèvent de force des  porteurs.  Pour  nourrir  leur  colonne  forte  de  2000  personnes,  ils  pillent,  brûlent,  violent  et  tuent  de village en village.

La colonne passe le 1er janvier 1899 à Sansanné-Haoussa près de Say, et poursuit sa route dans une zone désertique dont tous les habitants fuient devant elle. Assoiffée, la colonne revient au Niger. Exaspérés par leur échec, Voulet et Chanoine se « vengent » en mettant à sac le village déjà sous contrôle français de Sansanné-Haoussa, où  toute une partie de la population dont des dizaines de femmes est massacrée. Puis c’est le tour d’autres villages, Kerma, Dounga ... Un différent survient avec le lieutenant Péteau qui quitte la colonne et écrit des lettres dont Le Matin publiera des extraits.

[Dans  la  nuit  du  8  au  9  janvier]  « des  patrouilles  doivent  s’approcher  des  villages,  s’en  emparer  à l’arme blanche, tuer tout ce qui résiste, emmener les habitants en captivité, s’emparer des troupeaux. Le 9 au matin, la reconnaissance rentre au camp avec 250 boeufs, 500 moutons, 28 chevaux, 80 prisonniers. Quelques  tirailleurs  ont  été  blessés.  Afin  de  faire  « un  exemple  » le  capitaine  Voulet  fait  prendre  vingt femmes-mères,  avec  des  enfants  en  bas  âge  et  à  la  mamelle,  et  les  fait  tuer  à  coups  de  lance,  à  quelques centaines de mètres du camp. Les corps ont été retrouvés par le commandant du poste de Say.  »

Sources : P. Vign´e d’Octon, La Gloire du sabre, Paris, Flammarion, 1900, p.40-41, cit´e par Jean Suret- Canale,  Afrique  Noire,  Occidentale  et  Centrale,  E´ditions  sociales,  1968,  p.  299-300 ;  Muriel  Mathieu,  la Mission Afrique Centrale, L’Harmattan, 1995, p. 103-104.

Jacques Morel

(

Calendrier des crimes de la France outre-mer)


 

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